Jaimontour vous suggère la lecture de l’article de M. Stéphane Laporte qui a su mettre en mots bien précis et éloquents la situation actuelle avec les États-Unis. Toujours aussi animés par notre passion du voyage, nous poursuivons notre mission en vous proposant nos forfaits en autocar chez nos voisins du sud, afin de continuer à vous faire découvrir leur culture et leur histoire.
Trump n’est pas les États-Unis
Publié le 9 février dans le journal LA PRESSE par Stéphane Laporte
« Il y a 340 millions d’Américains. On va ne pas se mettre à haïr 340 millions d’Américains à cause d’un seul. Je sais que [Donald Trump est] leur leader. Mais ce n’est pas une raison », écrit notre collaborateur.
Le président des États-Unis, Donald Trump, nous a déclaré la guerre économique, dans l’intention avouée que le Canada devienne le 51e État des USA. Des tarifs douaniers de 25 % devaient entrer en vigueur mardi. Ce fut remis. Peut-être à dans un mois. On ne sait pas.
Ça n’a pas de sens. C’est complètement injustifié. Les raisons invoquées ne tiennent pas la route. Le trafic de drogue et l’immigration irrégulière, en provenance de chez nous, ne menacent pas la sécurité nationale américaine. Loin de là. C’est de la provocation. De l’intimidation. De l’agression verbale. Une atteinte à notre intégrité territoriale.
Maintenant que c’est dit, qu’est-ce qu’on fait avec ça ?
Nos gouvernements, fédéral et provincial, doivent se tenir debout. Protéger notre économie, négocier avec notre imprévisible voisin, créer des liens avec d’autres partenaires, éviter le pire. Et nous ? Nous devons nous serrer les coudes, favoriser le commerce local, être fiers de ce que nous sommes.
Et surtout, surtout, il ne faut pas tomber dans le piège tendu par Donald Trump. Le piège de la haine.
Depuis plus d’un siècle, Américains et Canadiens vivent en paix, harmonieusement, comme peu de voisins l’ont fait dans l’histoire de l’humanité. Tout n’est pas parfait, mais on s’arrange bien.
On ne va pas laisser un seul homme détruire ça en quelques jours. On ne va pas se mettre à haïr les États-Unis au complet. Et vice-versa.
Ce n’est pas comme si Trump avait été élu pour s’en prendre au Canada. La question canadienne n’a jamais été un enjeu de la dernière campagne présidentielle. Ce n’est pas le mandat qu’il a reçu de l’électorat.
La grande majorité des Américains n’a rien contre le Canada. Au contraire. Au pire, ils s’en foutent du Canada. Il y en a sûrement qui ne savent même pas où ça se trouve. Au mieux, ils nous aiment bien. Surtout Céline et le sirop d’érable.
Il y a 340 millions d’Américains. On va ne pas se mettre à haïr 340 millions d’Américains à cause d’un seul. Je sais que c’est leur leader. Mais ce n’est pas une raison. On donne beaucoup trop d’importance aux leaders. Ils en viennent à incarner à eux seuls l’ensemble d’un peuple. Ils en viennent à faire oublier l’ensemble d’un peuple. À l’occulter. À en devenir la seule représentation humaine. À se prendre pour leur pays. C’est le propre de tous les tyrans. Et c’est aussi la tendance de bien des chefs d’État élus démocratiquement.
Ce syndrome du régent est extrêmement nocif. Il peut engendrer les pires horreurs. C’est à chacun de leur rappeler qu’ils ne sont que nos représentants. Et non l’inverse.
Trump n’est pas les États-Unis.
Durant cette crise, il importe de ne pas l’oublier. De se le répéter. Pour que nos réactions face à ses propos ne visent pas l’ensemble d’un peuple et de sa société.
Trump n’est pas les États-Unis.
Le Wall Street Journal, institution américaine qui était là avant lui et qui sera encore là après lui, a titré que les tarifs douaniers envers le Canada étaient la plus stupide des idées.
Se mettre à haïr les États-Unis va servir Trump. C’est ce qu’il essaie de vendre aux Américains, l’idée que le Canada est dangereux pour eux. Pas juste nous, d’ailleurs. Il essaie de vendre aux Américains l’idée que le reste de la planète au complet est dangereux pour eux. Diviser pour régner, il l’a bien assimilé.
Trump est un manipulateur. Et ce qui se passe à l’heure actuelle dans nos têtes, c’est sa manipulation. On est ses pantins.
Lors d’évènements sportifs au Canada, des spectateurs se sont mis à huer l’hymne américain. Résultat : lors d’évènements sportifs aux États-Unis, des spectateurs se sont mis à huer l’hymne canadien. C’est parti. On n’est plus des amis. Jusqu’où cette escalade nous mènera-t-elle ?
La haine est ce qu’il y a de plus facile à semer. La haine est la pire des mauvaises herbes. Des décennies de fraternité peuvent s’évaporer par la menace de tarifs douaniers.
C’est ce qu’il y a de plus dramatique dans cette affaire. L’attitude d’une seule personne va complètement changer la perception que des millions de personnes ont les unes des autres.
Il ne faut pas devenir comme Trump. Il ne faut pas diviser le monde en deux. Les bons, c’est nous. Les méchants, c’est eux.
L’antidote à Trump, c’est la nuance.
Notre ennemi, ce n’est pas les États-Unis, c’est l’antagonisme. Ne tombons pas dans le panneau.
Pour que la haine que Trump tente de semer entre nos deux peuples ne pousse pas, pour qu’elle ne nous pousse pas, surtout, à faire des gestes ou à développer des désirs de vengeance qui dégénéreront, au-delà de son mandat, de génération en génération, répétons-nous, comme un mantra : Trump n’est pas les États-Unis.
Et Trump ne sera jamais le Canada.